« Quand je monte Hamlet, je cherche moins à parler de la société dans laquelle je suis. Je n’ai pas envie d’utiliser Hamlet pour évoquer la politique d’aujourd’hui, par exemple, même si un jeu de correspondances peut se faire dans une lecture plus complexe. Mon objectif est justement de donner à lire Hamlet, de le donner à réentendre aux gens qui le connaissent, de le donner à écouter pour la première fois aux lycéens ou aux personnes qui n’ont jamais vu, entendu, ou lu Hamlet. Je veux plonger directement dans le coeur de ce texte, dans ce fond de culture partagée qu’on doit avoir pour maîtriser les outils de pensée, d’intelligence, de recul critique, qui permettent d’être armé dans le monde d’aujourd’hui. Mon objectif, c’est qu’Hamlet soit un spectacle populaire, ce qui n’est absolument pas démagogique. Je trouve que c’est infiniment plus compliqué de faire un spectacle qui s’adresse à tous, que de se faire plaisir en s’adressant à une poignée d’initiés. Je veux à la fois donner ce texte, et en donner une lecture. Et je crois qu’un public populaire l’est justement lorsqu’il est diversifié, à l’image de la société ; je cherche donc à raconter et partager une histoire très simplement tout en multipliant les angles de lectures : parler à un public large, en n’oubliant pas les quelques « spécialistes » d’Hamlet. Quand ceux là verront, par exemple, que je n’utilise pas un crâne romantique de vanité contemporaine, mais un crâne plus violent, plus brutal, complètement explosé en petits fragments d’os, peut-être que cela éclairera autrement la figure d’Hamlet face à la mort et à lui-même. Peut-être. Ce qui n’empêchera pas le public non spécialisé d’avoir quand même l’histoire, racontée et bien racontée, avec une quinzaine d’acteurs, plutôt que trois qui joueraient tous les rôles. »
David Bobee



